Avertissement
Si le terme d'ergologie est évité ici bien que son emploi par tous les médiationnistes ait été avéré, la raison en est qu'une ergologie ambiante entend appréhender plus globalement les conditions du travail que ne le préconise l'anthropologie clinique . Notre perspective d'étude se veut analytique, resserrant son propos sur la spécificité du travail. Elle vise à prendre en compte la rationalité qui explique que chacun a raison de faire comme il fait indépendamment du rendement de son travail, car chacun est technicien avant d'acquérir une compétence technique, tout comme l'enfant qui n'a pas attendu l'instituteur ni le grammairien pour parler.
Pathologiquement la raison de l'outil se dissocie de celle du signe relatif au langage, des usages des métiers auxquels on réduit bien souvent la conduite outillée et des normalisations et règlementations qui tendent à garantir les comportements d'un bon travail .
Préalable à la déconstruction
Pourquoi la position scientifique doit-elle relativiser ses propositions d'explication du travail ?
En plus de la sociologie et de la psychanalyse qui ont œuvré pour échapper au risque du logocentrisme, apparaît, à travers l'anthropologie clinique, un autre positionnement de l'humain en adéquation avec la réalité de celui qui fait. Cet ordre de la factivité invoqué par Étienne Gilson, repris par Michel de Certeau résistant aux propositions de Bourdieu, n'est sans doute pas le même pour tous ceux qui s'en réclament, mais il tend à s'instaurer, en prenant forme, déjà négativement, par des dissociations et des différences, telle l'opposition entre l'outil et l'instrument.
Aussi loin qu'on puisse aller dans l'appréhension scientifique de l'organisation inhérente à l'activité, elle sera tout au plus ergologique, c'est à dire, analyse d'une analyse qui n'est pas de l'ordre du langage, mais de l'activité. Nous n'avons pas que les mots pour connaître le monde, tout dispositif technique est porteur d'une connaissance au-delà même de la cognition : les faits et gestes sont les manifestations d'un pouvoir faire qui se cherche, d'une maîtrise d'ouvrage qui s'éprouve, et ce, indépendamment même de l'application d'un projet de métier.
Partant de la position d'un constructeur, la priorité n'est plus d'expliquer le monde à travers le sens des mots mais d'expérimenter les possibilités offertes par les techniques disponibles qui assurent matériellement les visées du travail.
